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L’architecture dans la collection du MAJ (thème 13)

Mis à jour : il y a 6 jours

Thème du mois : art et architecture


La collection du Musée d’art de Joliette comprend de nombreuses œuvres picturales exceptionnelles dont le sujet met en valeur l’architecture : des vues d’architecture, des scènes intérieures, des scènes urbaines et des paysages. Elles sont de toutes les époques, de toutes les factures. La quantité des œuvres accordant une place à l’architecture démontre l’importante et étroite relation qui existe entre les deux disciplines depuis toujours. Il y a tant de façons d’aborder la question de la relation entre art et architecture qu’il m’a été difficile de choisir une voie en particulier. J’ai donc décidé d’aborder trois thématiques par le biais de quelques coups de cœur tirés de la collection.


La peinture architecturale

Ayant toujours été émerveillée par les peintures d’intérieurs d’églises dont les exemples ne manquent pas dans la collection du MAJ, j’ai tenté d’en savoir plus sur ce genre pictural, sans pour autant prétendre en réaliser une étude approfondie.


L’architecture a longtemps été utilisée comme arrière-plan, servant de décor pour les scènes principales dans la peinture et les enluminures médiévales. Inspirés de l’invention de la perspective linéaire, les peintres de la Renaissance italienne ont largement mis en scène l’architecture qui leur permettait de construire et organiser des compositions en profondeur. Citons les œuvres de Fra Angelico (1395-1455), les Annonciations de Sandro Botticelli (1445-1510) et de Léonard de Vinci (1452-1519) ou Le mariage de la vierge de Raphaël (1483-1520), parmi tant d’autres.


Ce savoir-faire des peintres de la Renaissance italienne a été diffusé en Europe, notamment par le biais des travaux du peintre-architecte flamand Hans Vredeman de Vries (1527–1607), qui y a largement contribué. Il a eu une importante influence sur son élève Hendrick van Steenwijk I (1550-1603) qui fut un pionnier en matière d’illustration d’intérieurs architecturaux. C’est lui qui aurait réalisé le premier tableau d’un intérieur d’église en 1573, ouvrant la voie au développement d’un nouveau genre pictural indépendant au cours des 16e et 17e siècles en Flandre, aux Pays-Bas et en Hollande. Certains en feront même leur spécialité : Hendrick van Steenwick II (ca. 1580–1649), Pieter Neefs, le Vieux (1578-1656), Pieter Neefs le Jeune (1620-1675) seront de ceux-là. Le genre pictural s’étendra un peu partout en Europe et plus tard en Amérique du Nord.


Des variantes du genre de la peinture architecturale flamande se sont développées. Au 18e siècle, on voit notamment apparaître les vedute et les capricci, très populaires en Italie, principalement à Venise. Les vedute révèlent des intentions purement représentatives et descriptives traduites par la volonté d’appliquer rigoureusement les règles de la perspective. En opposition au vedutisme, les capricci sont des fantaisies architecturales, c’est-à-dire des paysages imaginaires, qui regroupent des bâtiments, des ruines archéologiques et d’autres éléments architecturaux dans des combinaisons fictives et souvent fantastiques.


Le MAJ possède par ailleurs Intérieur de la sacristie du Redentore, Venise attribuée à Frans Vervloet (1795-1872), une magnifique œuvre qui est le résultat d’un travail de vedutiste minutieux et d’un souci du détail poussé à l’extrême.


Frans, attribué à Vervloet*, Intérieur de la sacristie du Redentore, Venise, 1860 c, huile sur panneau. Collection Wilfrid Tisdell. Don des Clercs de Saint-Viateur du Canada. 2012.177

Photo : Richard-Max Tremblay



Juan Coli, Intérieur de la cathédrale de Burgos, 1849, huile sur toile. Collection Wilfrid Tisdell. Don des Clercs de Saint-Viateur du Canada. 2012.165 Photo : Musée d’art de Joliette



La décoration architecturale

L’art et l'architecture ont toujours été intimement liés. Pensons à tous ces édifices religieux et profanes où fresques, peintures et sculptures font partie intégrante de leur architecture. Ces œuvres prennent directement pour support les murs, les colonnades et les plafonds. Évidemment nous viennent en tête tous ces chefs-d’œuvre de la Renaissance italienne qui magnifient les églises de Florence et de Rome ou encore les palais Pitti et Médicis où chaque pied carré est décoré. Le plafond de la chapelle Sixtine au Vatican réalisé par Michel Ange (1475-1564) compte parmi les réalisations les plus connues.


La collection du Maj recèle justement un extraordinaire et prestigieux recueil gravé du 18e siècle : le recueil Loggie di Rafaele nel Vaticano (Les Loges de Raphaël au Vatican) exécuté par les graveurs Giovanni Volpato (1735 – 1803) et Giovanni Ottaviani (1735 – 1808).

Ce recueil de gravures est le premier ouvrage à reproduire les grandes fresques de Raphaël au Vatican, plus de deux siècles et demi après leur réalisation, en 1772-1777. Le pape Léon X avait en effet confié à Raphaël la décoration des loges de l’étage principal du palais du Vatican que l’artiste achève en 1519. Inspiré par les récentes fouilles à Pompéi, Raphaël couvre les murs et les plafonds des chambres d’ornements peints de style antique. Les gravures des chambres ont été publiées sous l’initiative du pape Clément XVI.


Giovanni Volpato, Pilastre No6, 1774-1775 c, burin peint à la main. Don de M. André Lépine. 1982.058 Photo : Richard-Max Tremblay


La modernité en peinture : l’exploration par le biais de l’architecture

L’une des voies vers la modernité en peinture au Québec dans les années 1930 est passée par l’intérêt des artistes pour l’architecture urbaine et la collection du MAJ en possède de nombreux témoins. En effet, l’architecture devient alors un outil de recherches et d’explorations formelles et plastiques. Si Marc-Aurèle Fortin (1888 – 1970) et Adrien Hébert (1967 – 1967) sont les grands précurseurs de cette tendance, cette exploration formelle est poussée plus loin par les membres du groupe des peintres juifs de Montréal. Ils incarnent l’expression de la modernité artistique par le biais de procédés novateurs et d’un désir profond de faire partie intégrante de leur époque et en traduisant leur expérience dans la peinture.


En ce sens, Back Roofs (1936) de Jack Beder (1910 – 1987) en traduit parfaitement l’essence : la ville devient ici un pur motif pictural permettant à l’artiste de jouer avec les couleurs, les plans et les formes. On retrouve sensiblement les mêmes caractéristiques dans Interior of the Carmini Church de John Richard Fox (1927-2008), bien que réalisée bien plus tard.


Jack Beder*, Back Roofs, 1936, huile sur carton. Collection Séminaire de Joliette. Don des Clercs de Saint-Viateur du Canada. 2012.103 Photo : Guy L’Heureux


John Richard Fox, Interior of the Carmini Church, 2004, huile sur panneau de bois. Don de Sandra Paikowsky. 2012.027 Photo : François Bastien


Ce n’était là que quelques voies de réflexion permettant d’explorer la relation entre la peinture et l’architecture, qui rappelons-le, est aussi une forme d’art à part entière. Les sujets de recherche et les œuvres qui témoignent de cette étroite relation ne manquent pas. Les œuvres évoquées dans cet article ne sont que quelques exemples parmi des centaines d’autres qui font partie de la riche collection du Musée d’art de Joliette.


Liens externes

➔ Voyez l’œuvre Intérieur de la Sacristie du Redentore dans l’exposition permanente du Musée.

➔ Lisez ou relisez le Catalogue des collections du Musée disponible à notre boutique en ligne.

➔ Consultez l’ouvrage de Maria Teresa Caracciolo, Giovanni Volpato : Les Loges de Raphaël & la Galerie du Palais Farnèse, publié par le Musée des beaux-arts de Tours en 2007 pour en apprendre davantage sur les gravures de Volpato et d’Ottaviani.

➔ Notez qu’il est également possible de découvrir notre collection via notre site Internet et à l’aide de la base de données Artefacts Canada du Réseau canadien d'information sur le patrimoine.

➔ Quelques autres peintres ayant pour principal sujet les intérieurs d’églises :

· Johannes Bosboom (1817 – 1891)

· Juan Coli (actif entre 1848 et 1868 à Séville)

· Gabriel Brun-Buisson (1883 – 1959)

· Robert Van Vorst Sewell (1860 – 1924)

· Giuseppe Vasi 1710 – 1782)

· George Von Hoesslin (1851 – 1923)

Cet article a été écrit par Nathalie Galego, adjointe aux collections au Musée d'art de Joliette


👉 LIRE TOUS LES ARTICLES DE L'ÉQUIPE DE CONSERVATION DE LA COLLECTION DU MAJ

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