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Le patrimoine industriel (thème 14)

Le thème du mois : le travail


Notre patrimoine n’est pas qu’historique et artistique, il est aussi industriel. Moins connu, moins visible et souvent mal aimé des citoyens, ce patrimoine fait pourtant partie de notre histoire commune. Plus précisément, il appartient à l’histoire de ces industries, entreprises et milieux de travail qui nous entourent. Plus encore, le patrimoine industriel est intimement lié à l’histoire ouvrière, à savoir celle des milliers de travailleurs et travailleuses qui ont œuvré à la sueur de leur front dans les usines et manufactures. Leurs vécus constituent une source d’informations formidables qui nous renseigne sur les conditions de travail de ces personnes, des luttes syndicales et politiques qu’elles ont menées, mais également sur les changements sociaux et leur adaptation à leur nouvelle réalité technologique. La tendance est parfois d’oublier que l’industrialisation a également contribué à façonner et édifier la société moderne que nous connaissons aujourd’hui.


Au cours des premières décennies du 20e siècle, le Québec s’urbanise rapidement. De nombreuses usines voient le jour, attirant des familles issues de la campagne qui s’installent en ville dans l’espoir d’une meilleure vie. Sans conteste, Montréal devient un centre économique important. L’industrialisation devient alors un facteur de transformations sociétales.

Nombres de ces usines ou manufactures nées au cours de cette période ont disparu au fil des décennies. Certaines ont été laissées à l’abandon, tandis que d’autres se sont vues donner une nouvelle vocation. Les quartiers ouvriers de la métropole rattachés à ces usines ont connu sensiblement le même sort. Tout comme pour les industries, ces quartiers font partie du patrimoine industriel, de l’histoire des villes. Le patrimoine de Montréal en est imprégné. Que nous reste-t-il de l’histoire de ces travailleurs qui, par leur labeur, ont contribué à la modernité économique, industrielle et architecturale?


Adrien Hébert, Port de Montréal, 1927, huile sur toile. Collection Séminaire de Joliette. Don des Clercs de Saint-Viateur du Canada. 2012.153. Photo : Guy L’Heureux


Adrien Hébert : un agent de témoignage de l’activité industrielle

La majorité des peintres contemporains d'Adrien Hébert (1890-1967) semblent associer l’industrialisation à une source d’inquiétude, voire comme un affront aux traditions, et préfèrent les sujets ruraux et du terroir, alors que lui est attiré par la vie urbaine moderne. L’artiste est fasciné par l’activité de la ville, ses modes de transports, ses industries, ses édifices et ses mœurs. Il consacre ainsi une importante part de sa production picturale aux manifestations de la vie urbaine et industrielle montréalaise.


De 1924 à 1940, Hébert s’intéresse presque exclusivement à l’activité portuaire de Montréal. Cette période est caractérisée par une série de tableaux qui a fait la renommée de Hébert. Parmi les plus célèbres tableaux de l'artiste, Port de Montréal, peint en 1927, compte parmi les exemples les plus éloquents de ses représentations portuaires. L’œuvre met en valeur le travail des débardeurs en activité. On ne sait si le transatlantique est en processus d'accostage ou sur le point de partir.


Vers 1940, les autorités interdisent l’accès au port au public en raison de mesures de sécurité liées à l’effort de guerre. Hébert se tourne alors vers d’autres sites. Il découvre notamment les usines Angus, construites entre 1902 et 1904 dans le quartier montréalais Rosemont-La Petite-Patrie. Ces usines employaient la classe ouvrière du Plateau-Mont-Royal et d’Hochelaga-Maisonneuve qui œuvrait à la réparation et à la fabrication des locomotives pour le Chemin de fer Canadien Pacifique (CP). Dans le contexte de la Deuxième Guerre mondiale, les usines Angus ont été employées pour la construction de chars d'assaut. Après 90 ans d’activités, les usines sont fermées par le CP mettant fin à un millier d’emplois.


Ainsi, l’œuvre Usines Angus réalisée par Adrien Hébert autour de 1943 témoigne de l’activité ouvrière dans ces usines. La composition se concentre sur l’architecture et les machines plutôt que sur la figure de l’ouvrier s’affairant au nettoyage de la locomotive, qui ne devient qu’un élément fonctionnel. La composition est traversée par un puissant rayon oblique, telle une percée lumineuse, coupant une série de fortes lignes verticales. Ces caractéristiques rappellent quelque peu le travail des précisionnistes américains, notamment celui de Charles Sheeler (1883-1965), Charles Demuth (1883-1935) et Georgia O’Keeffe (1887-1986). Les artistes de ce mouvement développèrent dans les années 1920 une esthétique industrielle dérivée du cubisme. C’est parce qu’Hébert a une perception positive des transformations de la ville qu’il réalise un portrait harmonieux du rapport entre l’homme, la modernisation et le progrès technique.


Aujourd’hui, la Société du patrimoine Angus et la Société de développement Angus fondées respectivement en 1992 et 1995, travaillent de concert à la revitalisation économique et sociale du quartier Rosemont-La Petite-Patrie depuis la fermeture des usines Angus. En collaboration avec la communauté locale, les deux organismes ont notamment développé et mis en œuvre le projet mobilisateur et audacieux qu'est le Technopôle Angus. Ce projet a conservé les vestiges et les façades en brique rouge des anciennes usines et reconverti l’ancienne friche industrielle en écoquartier engagé dans le développement durable.


Les grues, les bateaux, les usines et les structures de métal sont chez Adrien Hébert des éléments significatifs dans ses compositions. En mettant en valeur l’environnement industriel, l’artiste a contribué au développement d’une nouvelle thématique picturale liée à son époque. En effet, le thème du travail industriel est peu traité dans la peinture canadienne. Les œuvres de Hébert se révèlent ainsi de remarquables témoins de la réalité industrielle de Montréal.


Adrien Hébert, Usine Angus, 1943 c, huile sur toile. Don de Roland Dubeau. 1984.088. Photo : Musée d’art de Joliette

Liens externes

➔ Venez admirer l’œuvre Port de Montréal d'Adrien Hébert dans l’exposition permanente du Musée d'art de Joliette, Les îles réunies.

➔ Lisez ou relisez le Catalogue des collections du Musée disponible à notre boutique en ligne.

➔ Consultez le site de l’Association québécoise pour le patrimoine industriel en suivant ce lien : http://www.aqpi.qc.ca/

➔ Voyez une partie des dessins préparatoires de l’œuvre Usines Angus sur le portail des collections du MNBAQ en cliquant ici.


Cet article a été écrit par Nathalie Galego, adjointe aux collections au Musée d'art de Joliette

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