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L’aléatoire comme terreau - Partie 1 ( Thème 20)

Thème du mois : Terrain vague


Le terrain vague comme champ de possibles est tout d’abord un lieu physique à explorer. C’est le cas du projet extérieur Clacophone (2018) de Jean-Pierre Gauthier, qui de surcroît multiplie les possibilités de l’œuvre grâce à l’aléatoire et à l’interaction du public.


En collaboration avec le Festival de Lanaudière, dans le contexte de son exposition au Musée d’art de Joliette (MAJ), Jean-Pierre Gauthier a été invité à produire une œuvre pour occuper l’entrée du site du festival de musique classique en plein air. L’installation se présente en console de jeu de hasards électroniques et interactifs, à l’orée de la forêt enchantée et du vaisseau spatial de série B. Les visiteurs sont invités à participer en applaudissant dans la cabine, détournant ainsi la coutume voulant que ce geste soit effectué en groupe, face à des performeurs, à la fin d’un concert.


Clacophone invite les mélomanes à se libérer de cette convention, à débrider l’applaudissement pour qu’il devienne la source d’une composition sonore expérimentale et évolutive. C’est peut-être aussi un voyage dans le temps que propose Gauthier, puisque ce n’est que depuis la période romantique que les applaudissements et les cris spontanés ne sont plus encouragés pendant les performances musicales.


© Jean-Pierre Gauthier, Clacophone, 2018. Vues d’installation au Festival de Lanaudière, 2018. Photos : Ysabelle Forest


Héritière de la musique générative, cette boîte à musique refuse la fixité et la hiérarchie des sons, la prévisibilité et la détermination des arrangements. Les applaudissements sont captés et dès lors modulés, traités par une programmation audionumérique ayant une composante aléatoire. Au gré de l’activation des manettes et des capteurs cinétiques par le spectateur/compositeur-interprète, les ondes dérivent, se superposent, se mêlent. Les manettes et boutons ne sont pas identifiés, et les capteurs sont placés de telle sorte qu’ils puissent être activés involontairement. Toute impression de contrôle est donc illusion. Le processus est répété sur trois pistes sonores qui s’entrelacent dans un réseau de haut-parleurs visibles (à l’intérieur de la cabine) et moins visibles (dans le boisé). Injectés d’une dose de chaos, les applaudissements prennent vie. Ils s’éloignent de leur source jusqu’à s’en dissocier, avant d’envahir les environs où circulent visiteurs, mélodies et bêtes grouillantes.


Le Clacophone est une installation parente du Générateur stochastique, une œuvre de Gauthier inspirée du chant des oiseaux qui était présentée simultanément au Musée d'art de Joliette. Pour en savoir plus à son sujet et sur la pratique de Jean-Paul Gauthier telle qu’explorée dans l’exposition Les générateurs stochastiques, lisez mon dernier article sur le blog de Musée en quarantaine.


© Jean-Pierre Gauthier, Clacophone (détail), 2018. Photo : Ysabelle Forest


Cet article a été écrit par Charlotte Lalou Rousseau, adjointe à la conservation du Musée d'art de Joliette.

POUR PARTICIPER À MUSÉE EN QUARANTAINE

Vous avez jusqu'au dimanche 31 janvier 2021 à midi pour nous envoyer vos créations artistiques inspirées du thème du mois : Terrain vague.

Cliquez ici pour savoir comment participer.

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